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Importante Potiche chinoise couverte Famille noire / Famille verte, période Kangxi (166
Importante Potiche chinoise couverte Famille noire / Famille verte, période Kangxi (166 - Arts d Importante Potiche chinoise couverte Famille noire / Famille verte, période Kangxi (166 - Victoria Hougron Importante Potiche chinoise couverte Famille noire / Famille verte, période Kangxi (166 - Antiquités - Importante Potiche chinoise couverte Famille noire / Famille verte, période Kangxi (166
Réf : 85477
25 000 €
Époque :
XVIIIe siècle
Provenance :
Chine
Materiaux :
Porcelaine
Dimensions :
H. 57 cm
Arts d XVIIIe siècle - Importante Potiche chinoise couverte Famille noire / Famille verte, période Kangxi (166  - Importante Potiche chinoise couverte Famille noire / Famille verte, période Kangxi (166 Antiquités - Importante Potiche chinoise couverte Famille noire / Famille verte, période Kangxi (166
Victoria Hougron
Victoria Hougron

Antiquités chinoises et Japonaises


+33 (0)7 51 26 78 70
Importante Potiche chinoise couverte Famille noire / Famille verte, période Kangxi (166

La "Famille noire" est un néologisme inventé au 19ème siècle par l'Historien français de l'art Albert Jacquemart, à qui on doit aussi les termes de "Famille verte" et de "Famille rose" devenus depuis d'usage international. Dans la réalité, les Chinois ne firent pas de catégories distinctes au sein des porcelaines Famille verte, ou "yingcai" ("couleurs vives") comme ils disaient, et nous devons donc à Albert Jacquemart les distinctions suivantes au sein de la Famille verte : "Famille jaune", lorsque celles-ci ont un fond jaune, ou Famille noire quand le fond est noir miroir (un noir luisant avec des reflets bleutés ou arc-en-ciel comme à la surface du pétrole).

Ce sont donc essentiellement les collectionneurs européens, et notamment Français, qui mirent au pinacle cette dernière variété produite sur une quantité, il est vrai, plus que confidentielle, peut-être aussi parce qu'à la fin du 19ème siècle, la porcelaine Famille noire chinoise se mariait si ...

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... admirablement avec le mobilier du Second Empire féru du contraste noir et or qu'elle en devint l'ornement ultime. De fait, les anciennes porcelaines Famille verte sur fond noir étaient très rares et leur succès suscita alors une forte demande occidentale auprès des artisans céramistes chinois qui se remirent à produire des Famille noire/ Famille verte de belle tenue sous le règne de Guangxu (1875-1908). Il est toutefois assez aisé de ne pas les confondre avec leurs prototypes du 18ème siècle, car les multiples cuissons nécessitées par la combinaison des émaux sur couverte n'ont été en vérité parfaitement maîtrisées que sous le règne de Kangxi, la raison sans doute pour laquelle les Famille verte/Famille noire n'ont pas été produites à grande échelle pour l'exportation, rentabilité oblige.

On trouve en effet quelques exemples de combinaison Famille verte/ Famille noire sur des articles destinés au marché chinois, par exemple un très beau plat à décor de dragons de ce type, avec une marque apocryphe de la dynastie Ming, est visible au Musée Guimet et illustré dans "La Céramique Chinoise ancienne", Alexandre Hougron, Les Éditions de l'Amateur, 2015, Paris, à la page 164. L'usage d'une marque apocryphe d'appréciation (la marque de Chenghua du 15ème siècle) est sur ce plat 18ème le signe que ce type d'article était destiné à l'élite mandarinale et non à un usage impérial, et aussitôt il est aisé de comprendre pourquoi en faisant le lien avec l'art des laques apprécié par les lettrés.

On connaît en effet des porcelaines revêtues de laques et incrustées de nacre sous le règne de Kangxi ; toutes ou presque étaient faites aussi pour le plaisir des litterati car en Chine les laques noires, un peu méprisées par les empereurs Qing Mandchous, étaient associées au mobilier des fonctionnaires de la dynastie Ming. Il ne fait donc pas de doute que lorsque les potiers chinois ont combiné les émaux de la Famille verte et l'émail noir, ils ont pensé à l'art de laques, au monde des lettrés Ming, et que la mode des trompe-l'oeils de matière, très importante sous la dynastie Qing Mandchou, était à l'arrière plan de cette petite innovation.

C'est pourquoi aussi on trouve les Famille noire essentiellement représentées par des porcelaines chinoises des 18ème et 19ème siècles destinées à l'exportation. Et c'est là qu'on retrouve notre principe d'efficacité commerciale : la dernière étape d'émaillage en noir, pour aussi jolie qu'elle puisse être, était délicate car nécessitant une troisième ou quatrième cuisson qui devait être assez maitrisée pour ne pas faire baver les autres émaux sur couverte. Et de fait, sur certains vases Famille noire, on peut observer de telles "bavures" des émaux vert, jaune ou bleu sur le noir.

C'est aussi ce qui permet de tordre le cou à une autre légende qui a circulé au temps où les ouvrages sur l'art chinois européens tâtonnaient encore pour comprendre le difficile art céramique chinois : celle du réémaillage au 19ème en noir de pièces Famille verte exécutées au 18ème siècle. Outre que ce procédé était des plus hasardeux, comme on vient de l'expliquer, il faisait courir le risque de détruire une oeuvre ancienne et authentique, une Famille verte du 18ème siècle, devenue déjà entre temps hors de prix. Il est aisé à la vérité d'identifier le noir miroir spécifique qui a été appliqué pendant la période Kangxi sur les Famille Noire/ Famille verte : cet émail qui est en général, sauf preuve du contraire, parfaitement contemporain de ses voisins montre à la lumière rasante une pellicule mauve ou bleuté iridescente qui vient des vapeurs dégagées par les autres émaux lors de la dernière cuisson à feu moyen (verd 650° Celsius).

Ce noir pétrole profond et luisant dit "miroir", tout le contraire donc d'une couleur funèbre, est ce qui fait la beauté des objets en Famille verte/ Famille noire et on le trouve en effet sur la présente potiche. Le motif de fleurs et oiseaux y est élégamment divisé par des cloisons qui permettent de décomposer le temps par saisons à travers les fleurs qui leur correspondent, motif repris sur le couvercle. Ce voyage dans le temps par le biais des fleurs se fait par un simple quart de tour de l'objet qui lui donne aussi une apparence à chaque fois différente.

Cette potiche est donc comme on le comprend, d'une rareté extrême et d'une qualité proprement muséale. Il ne fait pas de doute qu'elle faisait partie d'une garniture comme celles qui ont été conservée dans les collections d'Auguste le Fort, avec deux potiches et trois vases cornets (ou trois potiches et deux vases cornets). De cette garniture, sans doute exécutée sur commande pour une famille européenne de l'aristocratie au 18ème siècle, il ne reste donc que cet objet fastueux en forme de prouesse artistique et technique.

Cette potiche est à rapprocher d'un grand vase vendu à Sotheby's New York, le 11/12 octobre 2005, lot 18

Victoria Hougron

Arts d'Asie